FRANCE :: La mort Du journaliste Martinez ZOGO. La lecture d’une scène de crime par l'écrivain calvin djouari

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La scène de crime laissée par les assassins du journaliste camerounais Martinez Zogo donne des indices sur ses bourreaux.

Premièrement, il est abandonné dans la petite bourgade d’Ebogo sur un terrain rouge, érémitique, près de Yaoundé. La première lecture de cette attitude, indique que les bourreaux s’étaient éloignés pour le torturer et en le laissant sur cet espace vide, ceux-ci voulaient également montrer qu’ils s’étaient aventurés sur un terrain miné.

Deuxième indice ; il est laissé en état de putréfaction, ce qui montre également qu’on a voulu effacer les traces des souillures dont il aurait été l’objet avant d’être assassiné.

On peut aussi imaginer qu’il n’aurait pas été sûrement exécuté à l’endroit où on l’a trouvé. Il est possible qu’après l’avoir tué, son corps a dû être conservé quelque part avant qu’il soit balancé à l’endroit où il a été retrouvé mort. Le terrain étant un endroit où les paysans passent régulièrement, on l’aurait retrouvé dès les premiers jours si c’est à cet endroit qu’il avait été assassiné. Soit il a été torturé là, une fois tué on l’a emporté et l’a conservé avant de le ramener au même endroit. vidéo de reportage sur Martinez Zogo  .https://o-trim.co/zog

Quand les criminels te laissent nu et s’arrangent à ce qu’on te retrouve dans un état de putréfaction, cela montre un acharnement, tu es pris comme un traître, ou un désir de t’humilier jusque dans ta mort. Cette colère est perceptible dans les crimes passionnels où le rival emportant un trophée,  expose le corps de sa victime. Mais ici, on voit bien que c’est la passion politique à la Hugo et Hoderer des Mains Sales de Jean Paul Sartre.

Une autre probabilité, c’est la torture et les aveux soutirés au défunt. Il y a l’ombre des professionnels du crime qui plane sur le corps de la victime. Parce qu’ils ont eu le temps de tuer, de le déshabiller, et de l’exposer. Ils n’étaient gênés par le temps. Généralement les criminels amateurs dès qu’ils ont fini de couper le souffle, s’enfuient et s’éloignent aussitôt. Ici les choses ont été bien ficelées et bien programmées. Et voilà les indices probables que les criminels laissent de façon inconsciente.

Les Camerounais vivent très mal cette mort. Les images sont effrayantes et décourageantes ; pas pour le métier, mais pour le pays.

Zogo finit sa vie loin de chez lui, de sa famille et de ses auditeurs, dans une clairière. Avec ce crime crapuleux qui passera encore comme les autres crimes sans suite, il faut dire que notre pays sent mauvais. Ça n’encourage pas à y séjourner, parce que plusieurs personnes sont en insécurité ; il y a quelques années mon propre cousin, adjoint au maire, qui souhaitait se porter pour les législatives, et qui appartenait pourtant au parti au pouvoir dans la section de Mbandjock avait été retrouvé mort dans son champ, assassiné. Il s’appelait Guegnang Souley. 

On fera des enquêtes, on arrêtera des personnes et celles-ci seront enfermées, trois mois après ils ont été relâchées, le dossier était clos. Tout se règle par la violence au Cameroun. Mon père était guérisseur traditionnel, combien d’hommes politiques sont venus le voir, devant moi, pour avoir des potions qui leur permettront de briser leur adversaire ? Je compte des dizaines.

Les journalistes camerounais prennent trop de risque, mais c’est comme ça leur travail. Ils sont tenus par des clans qui se battent. Nous sommes dans une cruelle stupeur. Martinez Zogo je ne le connaissais pas spécialement, mais son nom tonnait partout. Sa disparition tragique affecte tous les Camerounais. Nous sommes consternés, nous sommes très consternés. Pourquoi les gens doivent mourir au Cameroun de cette façon ? Faut-il encourager les gens à visiter ce pays ? Quelle force les gens ont au lendemain d’un tel crime ?

Quand il y a  crime, tout est possible. Je me refuse toujours d’accuser qui que ce soit. Parce que tout est possible. Souvent, la mort peut venir de loin, de très loin, souvent ça peut ne pas être ou tout le monde pointe du doigt, parce que nous ne sommes pas formés à la théorie du chaos. On ne nous l’apprend pas dans nos universités, les enjeux sont énormes dans nos pays et il faut être vigilant. Les services même extérieurs aiment créer des drames dans les pays pour susciter un malaise sur la population, je sais de quoi je parle.

Directeur de la radio Amplitude FM, Martinez Ego était au cœur des événements, son émission embouteillage à forte audience était très surveillée. Il faisait des dénonciations sur la conduite des affaires de la cité. Quand on anime de telles émissions, on ne s’appartient plus ; on appartient à toute la république parce qu’on défend la condition ouvrière. Cela me rappelle Condré Show de JP. Remy Ngono.

Ces classes de journalistes partagent avec le public leur amour dévorant pour le journalisme. Ce sont des illustres défenseurs de la veuve et de l’orphelin, éminents et brillants animateurs, connus et respectés aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger pour leur profondeur intellectuelle. Ils font bien parce qu’ils dénoncent les injustices, les abus, les magouilles, et remettent en question les décisions prises par les politiques. Mais très souvent, ce sont des postures qui attisent les haines et créent des ennemis autour d’eux.

Mais aussi souvent, ils vont très loin et ce sont des risques. Ils se mettent sur le dos des ennemis qu’ils traineront toute leur vie. Et un ennemi au Cameroun ne dort jamais. Il attend le bon moment pour frapper. Dans les chroniques où ils mentionnent des hommes politiques et des hommes d’affaires, il faut s’attendre à la fureur de ces hommes qui ont tout le pouvoir. Ce sont des terrains dangereux. Il ne faut pas chercher à mourir bêtement. Je m’adresse à ceux qui ont encore la force de lutter contre la gangrène qui dévore notre pays, c’est-à-dire la corruption.

Le tragique tel que cela se présente est double. Parce que les crimes salissent notre pays, mais cela révèle la nature humaine dans sa bestialité, on avance avec des masques parce qu’on ne peut plus briller. On a l’impression de vivre près des monstres qui nous entourent. Le Cameron a atteint son plus bas niveau. Ce pays n’a plus de conscience.

Comique notre façon de faire la politique. Toujours par la violence, au lieu d’user des artifices pour séduire. Dans une société déjà en crise, même le bon n’est jamais bon, parce que ça finit toujours par sentir mauvais. Les tueurs donnent une mauvaise image de l’Afrique, celui qui utilise la violence finira par la violence. Maintenant prions pour ceux qui meurent, pour ceux qui font mourir et qui vont mourir par la même méthode machiavélique qu’ils auraient utilisée.

 
 

Source: camer.be